Le latin. Mythologies et réalités

Dans le dernier numéro de la revue Transfert (hiver 2015) – journal semestriel de la formation pédagogique des enseignants-stagiaires de l’Université de Luxembourg, un des articles intitulé « Le latin. Cui bono? Mythologies et réalités » (p. 2-3) avance l’idée que le latin fait partie de nos racines linguistiques et culturelles communes. La langue latine est, avec le grec, une voie d’accès à notre histoire littéraire, artistique, juridique, philosophique, et d’abord à nos représentations du quotidien. Morte à plusieurs reprises dans son histoire, elle a su à chaque fois renaître de ses cendres, tel le Phénix multidimensionnel et pluriséculaire qu’elle constitue .

La récente série de photographies (des modèles Baptiste Giabiconi et Bianca Balti), réunies sous le titre de Moderne Mythologie, que le styliste Karl Lagerfeld a consacrées à l’histoire d’amour du berger Daphnis et de la jeune Chloé, constitue un exemple probant de l’importance du latin dans notre paysage mental et socioculturel.

FC_Transfert_Hiver 2015

Antiquité-Avenir

Naissance d’un réseau d’associations liées à l’Antiquité

Conscientes qu’une société sans culture ne possède plus de repères, conscientes qu’un peuple sans mémoire court à sa perte, conscientes qu’une cité sans hommes cultivés n’est plus que chimère, 30 associations se sont réunies le 30 janvier en Sorbonne afin de proposer une autre voie en se fédérant dans un réseau associatif qui a pris pour nom « Antiquité-Avenir. Réseau des Associations liées à l’Antiquité ». Car pour peupler le monde d’aujourd’hui, il est impératif d’y accompagner l’homme dans sa diversité. Or ce monde est globalisé. Et la globalisation divise.
L’Antiquité a certes fourni des exemples nombreux de guerres et de massacres, d’abus et d’esclavages. Et précisément, les associations signataires savent que la connaissance qu’on en a éclaire sur les abus d’aujourd’hui. Car pour être libre, il faut une mémoire, dotée d’un esprit critique et d’une intelligence ouverte. La globalisation réinvente l’hybris, Antiquité-Avenir fait le pari d’un avenir plus harmonieux, si à l’homo consumens torturé de frustrations se substitue un homme éclairé, maître de son esprit, parce que fils de sa culture, et donc à même de comprendre sa trajectoire sur le long terme de la courbe des temps.

Antiquité-Avenir-AG-30janvier2016-RapportSEMENL

CP_Antiquité-Avenir

Spartacus

Les libertés individuelles et collectives, tant bafouées dans le monde ces dernières années, ont suscité des mouvements insurrectionnels multiples destinés à rétablir une liberté devenue muette. Or l’Antiquité, qu’anime un même idéal, fournit des exemples d’héroïsme qui s’incarnent dans des figures continuant à irriguer notre imaginaire collectif. Spartacus est l’un d’eux. Figure de proue d’une révolte qui ébranla le pouvoir de la Rome tardo-républicaine, ce dernier est passé, depuis lors, du statut – précaire, de légende à celui –  intemporel, de mythe : celui de l’esclave qui brise ses chaînes. Héros tant de l’Antiquité que des temps modernes, il nourrit également la réflexion philosophique sur l’esclavage et son corollaire, la quête de liberté.

 

Voici l’article paru dans la « Warte » (Luxemburger Wort – 08.10.2015):

Article Spartacus Warte 08.10.15

CCA 2015

Le traditionnel concours annuel de version latine – Certamen Ciceronianum Arpinas, qui s’est déroulé dans la célèbre cité arpinate du 8 au 10 mai 2015, a réuni, pour cette 35e édition, seulement 143 élèves venus de 13 pays d’Europe : Italie, Belgique, Bulgarie, Croatie, Allemagne, Luxembourg, Pays-Bas, Pologne, Roumanie, Serbie, Espagne, Suisse et Hongrie.

« L’esprit d’Arpino » pourrait se résumer à la formule énoncée par un collègue italien avec qui nous avons eu l’opportunité de nous entretenir : Francesco Caparrotta – professeur venu de Bagheria, ville de la province de Palerme, en Sicile : « Andare a Arpino e costruire un’Europa unificata » (« Aller à Arpino et construire une Europe unifiée »)!

Parmi ces questions essentielles que l’Arpinate soulève figure celle du repos (« otium ») et de la solitude (« solitudo »), concepts qui sous-tendent la version donnée à l’occasion de la 35e édition : « De otio et solitudine sua quid Cicero senex senserit ». Les Romains se méfiant de tout relâchement de l’effort, l’otium, le temps qui n’est pas consacré aux affaires commerciales ou politiques, doit être occupé. Mais comment concilier ce loisir avec la vertu et l’honneur du citoyen, avec le souci des affaires publiques ou celui de soi ?

Voici le texte de la version, le rapport du professeur-accompagnateur (M. Franck COLOTTE) ainsi qu’un article de la presse italienne:

La versione della XXXV edizione

FC_CCA 2015_Rapport de mission

Photos Journal Arpino 2015

Barbarie et culture

Depuis le 13 novembre 2015 – jour où elle s’est exprimée avec une violence inouïe et traumatisante, le terme de «barbarie» – et son corollaire le «barbare», est égrené comme un chapelet d’horreurs lors des journaux télévisés et des interviews avec les acteurs et les survivants du drame. Ce terme, dont les caractéristiques définitoires sont initialement autant linguistiques que géographiques, en finit par être presque galvaudé. «Le grand récit» de la modernité, selon la célèbre formule de Jean-François Lyotard, aurait été marqué par une opposition résolue entre la civilisation moderne et la barbarie. La dichotomie entre civilisation moderne et barbarie a souvent été mise à mal, y compris par des théories apparues à l’époque moderne, elles-mêmes distordues par les simplifications médiatiques.

Voici un article paru dans la « Warte » (Luxemburger Wort – 26.11.15):

Article_Barbarie et culture

 

Virgile l’Eternel

Virgile, le plus grand poète de son siècle – en partie celui d’Auguste, continue à nous parler. Son œuvre marque la pensée européenne d’une trace profonde. Le premier siècle avant J.-C. est à la fois une période de grave crise et de grands espoirs. Le projet politique d’Auguste est perçu comme une mystique, une renaissance. Témoin de cette crise, et pour ainsi dire de la jeunesse du monde, le poète mantouan donne à voir l’Âge d’Or tout en étant investi des préoccupations intellectuelles, politiques et culturelles de son temps. Plus que jamais, il est avec nous, comme une source qui nourrit, encore aujourd’hui, notre imaginaire.

Voici l’article paru dans la « Warte » (Luxemburger Wort – 07.01.16):

Article Virgile

Tacite, un penseur pour notre temps

Probablement originaire de Vaison-la-Romaine, Publius Cornelius Tacitus – Tacite (entre 55 et 57 – 117 ou plus tard) – est d’abord connu comme historien et comme moraliste, auteur des Histoires (Historiae) décrivant l’Empire romain de 69 à 96 et surtout des Annales (Ab excessu diui Augusti) dont le contenu s’étend du début du règne de Tibère (14 après. J.-C.) à la fin du règne de Néron (68 après J.-C.). L’intelligence de l’historien y fait merveille, à démêler les ambitions, les qualités et les vices, les rumeurs, les ruses, l’intrication des relations familiales et politiques des personnages qu’il met en scène. Bien que Tacite cherche à écrire «sans colère et sans partialité» («sine ira et studio»), son œuvre est animée d’un souffle philosophique d’obédience composite permettant non seulement au Romain d’hier, mais encore à l’homme d’aujourd’hui de tirer la «substantifique moelle» des orientations philosophiques des écrits tacitéens.

Voici l’article paru dans la « Warte » (Luxemburger Wort – 21.01.16):

Article Tacite – 1

Article Tacite – 2

 

Enée, héros de la migration

À l’heure où les migrations tous azimuts défraient la chronique, force est de constater que les grands récits de l’Antiquité rappellent ce que notre monde doit à l’expérience fondatrice du déchirement, du voyage, de l’exode. Et ce par l’intermédiaire de migrants désormais célèbres, qui ont fait l’expérience déchirante de celui qui quitte sa patrie et connaît l’exil. Leur migration est la matrice narrative de l’expérience même du monde. C’est à eux que nous devons notre monde et notre identité. Rescapé de la destruction de Troie, Énée est un héros fondateur et civilisateur, dépositaire du vieux fonds moral romain. Ancêtre intemporel de tous les réfugiés du monde, il incarne la figure universelle de l’exilé. Et en tant que tel, il participe, selon l’expression de la philosophe Simone Weil, de «l’avant-garde de la condition humaine».

Voici l’article paru dans la « Warte » (Luxemburger Wort – 01.10.15)

Article Enée – 1

Article Enée – 2

Cicéron et le vivre ensemble

Dans les débats actuels portant sur la crise du lien social qu’il s’agit de retisser après les récents attentats de Paris et d’autres faits sociétaux tels que les déplacements massifs de population, force est de constater que Cicéron (106-43 avant J.-C.), brillant orateur et avocat, mais aussi « professeur de philosophie » du monde romain dans les dernières années de sa vie, fournit d’enrichissantes pistes de réflexion sur le thème du vivre ensemble. Il éclaire ainsi notre époque sur des questions d’actualité sociologiques et philosophiques.

Voici l’article paru dans la « Warte » (Luxemburger Wort – 17.12.2015):

Article Cicéron Vivre ensemble – 1

Article Cicéron Vivre ensemble – 2